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PREMIERS MOIS DE 1917
Le 10 janvier 1917, notre soldat de la boue commence son 29e
mois de guerre en Champagne. L'activité sur le front de Champagne est
surtout défensive. Le mauvais temps oblige à entretenir les tranchées
et réduit les possibilités d'observation. Des coups de mains sont réalisés
pour tenir l'ennemi dans un climat d'insécurité et faire des prisonniers
afin d'obtenir des renseignements.
Le 10/12/1916, le général GOURAUD est nommé résident général
au Maroc, à la place du général LYAUTEY, appelé au ministère de la Guerre.
La IVe Armée est commandée depuis par le général ROQUES.
Le 31/01, les Allemands émettent une puissante nappe de gaz de
Baconnes à la ferme des Marquises, secteur de la 34e D.I. (général DE
LOBIT), qui n'est suivie d'aucune action importante d'infanterie. Poussées
par un vent favorable, ces gaz font sentir leurs effets au-delà de Mourmelon-le-Grand
et de la ferme de Suippes. L'artillerie ennemie bombarde violemment les
arrières des zones soumises au gaz. Notre artillerie riposte. L'adjudant
MADON, au cours d'un combat aérien, abat un avion ennemi près de Suippes.
Les deux aviateurs ennemis sont tués. Cette victoire porte à cinq le nombre
d'avions abattus par lui. A la nuit, le calme est rétabli et les positions
sont intactes. Les pertes s'élèvent à 34 officiers et 1 541 hommes, et
obligent le général ROQUES à utiliser sa réserve d'armée pour combler
les vides (63e R.I., de la 23e D.I. -général BONF AIT).
Début février, les Allemands manifestent une activité de travaux
dans les régions de Tahure, Navarin, Auberive et Prosnes. Ces travaux
consistent en construction d'abris, d'installations pour gaz, pose de
rails, etc. L'ennemi cherche d'ailleurs à masquer ses activités par des
tirs systématiques de mitrailleuses et de minenwerfer, dirigés contre
nos postes avancés. Nous réagissons par des tirs de 155 court en direction
de ces travaux. L'activité aérienne est importante de part et d'autre:
observation, bombardement, mitraillage des tranchées.
Le 6/2, l'ennemi procède à de nombreux tirs de réglage. C'est à
cette époque que tira 17 fois en une unique journée la pièce de 380 (?)
située dans une cuve bétonnée à Semide (N.E. de Navarin).
Le 14/2, l'artillerie ennemie prend à partie les régions de Vienne-le-Château,
Maisons-de-Champagne et SaintHilaire. La nuit n'interrompt pas le bombardement
qui se fait sentir particulièrement dans les vallées du Marson et de La
Tourbe.
Le 15/2, après une journée marquée des deux côtés par une grande
activité de l'artillerie et de l'aviation, une attaque allemande, précédée
de l'explosion de quelques mines, se déclenche à 15 h 30 entre Maisons-de-Champagne
et La Butte-du-Mesnil. La progression ennemie s'arrête à la tombée de
la nuit, devant la ligne de soutien, après avoir réalisé une avance de
plus d'un kilomètre à l'intérieur de la première position tenue par la
2e D.I. (général GUIGNABAUDET). De notre côté, deux coups de main sont
réalisés: l'un au sud de Sainte-Marie-à-Py nous donne 1 officier et 18
hommes des 399e I.R. et 5e et 6e rég. de la Garde; l'autre, à l'ouest
de La Butte-du-Mesnil, nous donne 7 hommes du 238e I.R. Au cours des combats
aériens, deux avions allemands et un français sont abattus. L'attaque
ennemie nous cause des pertes élevées: 1 150 hommes, dont 900 disparus
(208e R.I., 2e D.I.). La 169e D.I. (général SEROT ALMERAS LA TOUR), à
droite, est peu touchée.
Les 16 et 17/2, nous réagissons par des tirs d'artillerie et des
tirs de mitrailleuses contre le saillant créé par l'attaque de la veille,
car nos pertes rendent impossible toute réaction immédiate d'infanterie.
La IVe Armée ne disposant d'aucune réserve reçoit la 1e D.I. (général
GREGOIRE), ainsi que 6 groupes d'artillerie prélevé sur l'artillerie du
groupe d'armées de réserve, permettant de préparer la contre-attaque.
Le 7/3, commence la préparation d'artillerie faite par 26 batteries
d'artillerie de campagne et 5 groupes de 155 court pendant la mise en
place des troupes.
Le 8/3, à 14 h 40, à travers des tourmentes de neige qui rendent
l'observation difficile, l'attaque menée par 3 bataillons accolés de la
24e D.I. (colonel MORDACQ) est déclenchée. Elle progresse et atteint ses
objectifs: Maisons-de-Champagne, tranchée de Crévic, ouvrage Gallois,
ouvrage Guerlais, boyau du Lt Bégué. Seule la tranchée de Posen, qui couvre
la cote 185, n'est pas reprise.
Les jours suivants, les Allemands réagissent et regagnent du terrain.
De notre côté, nous réussissons des coups de main devant Navarin, La Main-de-Massiges,
sur la tranchée des Pirates, entre la butte de Souain et la cote 193 (23e
D.I.), sur le saillant des Abatis à l'est d'Auberive (15e D.I. : général
ARBANERE). Le 12/3, une nouvelle attaque de la 24e D.I. nous redonne le
terrain perdu et consolide les résultats du 8/3. 300 prisonniers restent
entre nos mains.
Le 22/3, le front de la IVe Armée est partagé en deux commandements:
à gauche, le 17e C.A. (général J .B. DUMAS); à droite, le 12e C.A. (général
NOURRISSON).
Le 24/3, le général ANTHOINE remplace le général ROQUES à la tête de la
IVe Armée. Depuis l'attaque du 12/3, l'ennemi est très agressif. Il exécute
des coups de main presque quotidiens contre les 12e et 17e C.A., principalement
dans la région de la Ferme des Marquises, Prosnes, Auberive, Maisons-de-Champagne,
Butte-du-Mesnil. Il est visible qu'il cherche à connaître nos intentions
et qu'il redoute une offensive. Du côté français, même activité dans le
but d'établir, par des prisonniers, l'ordre de bataille ennemi. La lutte,
surtout active devant Maisons-de-Champagne depuis le 15/2, s'apaise peu
à peu et cette accalmie permet à la 15e D.I. de relever la 24e D.I.
Mais les 26 et 27/3, le bombardement ennemi, par obus de tous calibres
et surtout obus asphyxiants, reprend contre Maisons-de-Champagne.
Le 28/3, vers 8 h 30, après un redoublement des tirs, une attaque
allemande réussit à s'emparer de la cote 185, des ouvrages Guerlais et
Gallois et de la tranchée de Crévic, mais elle échoue devant le réduit
de Maisons-deChampagne. La nuit, elle parvient à pénétrer jusqu'à la tranchée
de Posen, malgré une résistance acharnée.
La 15e D.I. monte, le 29/3, une contre-attaque appuyée par deux groupes
de 155 court, mis par la IVe Armée à la disposition du 12e C.A. Le 30/3,
à 9 h 30, l'ouvrage Guerlais et la tranchée de Posen sont repris. Sans
succès, les Allemands vont tenter de reprendre le terrain perdu par des
combats à la grenade et des tirs d'artillerie. Deux coups de main ennemis
sont aussi repoussés, l'un sur la route Saint-Hilaire à Saint-Soupplet,
l'autre vers Tahure.
Dès le 1/4, le général commandant la IVe Armée réduit les moyens
dont dispose le 12e C.A. pour les reporter à son aile gauche, vers la
zone de la future attaque. Il demande aussi de diminuer la consommation
en minutions d'artillerie, qui avait atteint les 28 et 29/3 des proportions
exagérées. C'est justement devant l'aile gauche de la IVe Armée que l'on
constate peu à peu une augmentation des batteries ennemies, des drachen
et des avions. Ces constatations font supposer que l'ennemi s'attend à
une offensive française dans cette région, offensive qui se dévoile, du
reste, dès le 3/4 sur le front de la IVe Armée par le commencement des
tirs de réglage et d'accrochage, prélude de la préparation d'artillerie.
Des coups de main sont organisés chaque jour pour parfaire les renseignements
obtenus par les photos aériennes qui dévoilent derrière la Suippe et l'Arnes
l'existence d'une série de travaux entre Bazancourt et Saint-Etienne à
Arnes. Ces organisations défensives paraissent jalonner une nouvelle ligne
de positions dans le but d'interdire les passages de la Suippe et de couvrir
ainsi les voies d'accès conduisant de cette rivière vers la Retourne.
II. .L'ATTAQUE DES MONTS DE CHAMPAGNE
Côté allemand Entre Suippes et Vesle, région où doit opérer la
IVe Armée, s'étend un plateau surmonté de collines formant deux massifs
principaux: le Mont-Berru (267 m) et les Monts-de-Moronvilliers, mur d'une
dizaine de kilomètres de long, dominant la plaine de Châlons, et d'une
altitude moyenne supérieure à 210 m, massifs réunis par un seuil peu élevé
(130 m) vers le village de Beine, organisé par les Allemands. Ces deux
groupes de hauteurs s'abaissent assez brusquement vers le sud. Les positions
allemandes sont au nombre de 5 et s'étendent en profondeur sur 9 à 10
km. La première, au pied des hauteurs avec au moins 3 lignes de tranchées;
la deuxième, sur le côté sud des pentes, avec les tunnels; la troisième,
sur le côté nord des pentes; la quatrième, au pied nord des hauteurs,
c'est une position de repli; la cinquième, dite " position de la Suippe
". Le front de Champagne ennemi est tenu par la IIIe Armée de Von Einem
(groupement du Kronprinz impérial) et se divise en 5 secteurs: de Béthény
à Prosnes ; de Prosnes à Sainte-Marie-à-Py; de Sainte-Marie-à-Py à Tahure;
de Tahure à Rouvroy; de Rouvroy à l'Argonne, soit en tout 52 régiments
groupés en 17 divisions, y compris les réserves retirées du front et les
unités nouvelles venant de l'intérieur.
Côté français Trois corps d'armée s'étendent de la Ferme des Marquises
à Massiges : VIIIe (général d'HELY d'OISSEL); XVIIe (général J.B. DUMAS)
; XIIe (général NOURRISSON). Seuls les VIIIe C.A. et XVIIe C.A. doivent
mener l'attaque; le XIIe C.A. n'ayant que des objectifs limités. Sur les
18 km du front d'attaque, on trouve 1 600 canons répartis en 47 batteries
de tranchées, 75 batteries de campagne, 78 batteries d'artillerie lourde
courte, 44 batteries d'artillerie lourde longue, 4 canonnières fluviales.
Au VIIIe C.A. se trouve l'artillerie d'assaut du groupement Lefèbvre,
avec 3 groupes de 16 chars et 1 section de ravitaillement. Enfin, 22 escadrilles
et 11 compagnies d'aérostiers couvrent le front d'attaque de la IVe Armée.
Le 3/4, commence par mauvais temps la préparation d'artillerie pour l'opération
" Moronvilliers ". Tout d'abord l'artillerie à longue portée, puis les
réglages et accrochages des canons de 155 court et 75.
Dans le bulletin " LA FLAMME" de l'Amicale du 37e/237e R.A., j'ai relevé
quelques souvenirs: " Le terrain très humide
obligeait la confection de fagots pour circuler; on construisait des circulaires
de fortune, avec les moyens du bord, pour augmenter l'angle de tir des
pièces de la deuxième batterie (du 37e R.A.) ; la période fut dure pour
le groupe de jour et de nuit car l'artillerie ennemie ripostait de tous
calibres, y compris les gaz " (Maurice LIAUTEY). " Les batteries étaient
placées dans la vallée marécageuse de la Vesle et ne bénéficiaient d'aucun
défilement topographique; elles étaient seulement masquées par de petits
boqueteaux. En raison de la nature du sol, les casemates et abris étaient
en élévation d'une stabilité précaire. Les ravitaillements en munitions
se faisaient entièrement de nuit et constituaient une rude épreuve, aussi
bien pour les conducteurs des échelons, harcelés sur les routes par des
bombardements, notamment aux points de passage obligés, que pour les servants
des batteries de tir, travaillant parfois avec les masques à gaz "(René
MESNAGER).
" 9 avril, les batteries manifestent une grande
activité; objectifs: brèches dans les réseaux de barbelés. 13 avril, la
préparation d'artillerie proprement dite est commencée; les trois batteries
du groupe tirent en moyenne 11000 coups par jour. Le très mauvais temps
avec neige contrarie l'observation. Nous entendons les batteries lourdes
tirer depuis la Montagne de Reims ou le camp de Châlons, y compris ALVF
et ALGP " (Robert MITAULT).
Les 14 et 16 avril, trois fausses attaques ont lieu. La riposte
ennemie est d'intensité médiocre. " Lundi 16
avril: 10 h 30. Départ pour les premières lignes, chargés comme des mulets:
4 musettes, 2 boules de pain, 2 boîtes de sardines, 28 tablettes de chocolat,
1 bidon, etc. Je reçois en plus, 1 projecteur, 1 téléphone, 1 bobine de
fil, sans parler des armes et des munitions. Nous nous glissons en plaine
par paquets de 3 ou 4 hommes. Un détour par les bois pour éviter la vue
de l'ennemi, puis, des marais où l'on enfonce jusqu'au mollet. Enfin,
dans un bosquet de sapins, voici le P.C. Square. Nous suivons le boyau
3, pour arriver au P.C. Bonaparte, puis au P.C. Donnaut, colonel du 27e
R.I. Il pleut. Me voici en première ligne pour installer tout un réseau
téléphonique " (in "Le Souvenir" : Camille VILAIN, téléphoniste du 1e
R.A.C.).
Dans la nuit du 16 au 17/4, vers 4 h 15, le tir de préparation d'artillerie
laisse la place au rythme des tirs d'attaque.
17 avril, à 4 h 45 : ATTAQUE. " Un commandement
à mi-voix: "En avant! ..." Des formes qui bondissent! La première vague
s'élance. Il fait encore nuit, sur un fond de sourde rumeur, il y a comme
un silence, un grand silence impressionnant. Combien dure-t-il? Puis c'est
brutalement le tonnerre des obus, le fracas d'un barrage s'amplifiant
jusqu'au paroxysme et couvrant l'aboi des mitrailleuses. D'un coup, tout
tremble, tout flambe. De partout jaillissent les fusées, en groupes, en
lignes, en bouquets: vertes et rouges chez l'ennemi, blanches dans nos
lignes. Des grappes de chenilles lumineuses éclairent un paysage d'apocalypse
où, dans l'aube blafarde, roulent de gros nuages noirs. La neige, en flocons
serrés, commence à tomber. Sans arrêt, autour de nous, les obus s'abattent,
des trous se creusent, des hommes tombent. De tous côtés les balles sifflent,
claquent, si nombreuses qu'elles semblent venir de partout à la fois.
Des blessés couverts de boue et de sang, hurlant de souffrance, cherchent
les postes de secours. Des prisonniers passent, ils se couchent dans la
boue à chaque obus " (Camille VILAiIN, in "Le Souvenir ", organe du VIIIe
C.A.). Voici, jour par jour, division par division, le déroulement
de la bataille jusqu'au 20 mai, date à laquelle les combats s'arrêtent.
17 AVRIL 1917
XIIe C.A.
24e D.I.
La 24e D.I., division de gauche du XIIe C.A., est rattachée au XVIIe C.A.
pour l'attaque; elle s'engage sur un front de 2,5 km, la gauche appuyée
à la SUIPPE; l'attaque est menée par un bataillon du 107e R.I., 2 bataillons
du 108e R.I., 2 bataillons du 126e R.I. Après une journée difficile, la
division occupe la première position ennemie et tient le petit AUBERIVE.
Pour les historiens s'intéressant aux mutineries, c'est ici que se situe
le premier de ces tristes événements: le 17/4, devant Auberive, le 108e
R.I. attaque du Bois des Abatis à la Suippe. Il s'engage dans des conditions
difficiles: transporté par camions, il arrive un peu après l'heure H et
attaque dans une certaine confusion. Ses efforts ne sont couronnés que
de résultats très partiels. Dans ces circonstances, 17 hommes abandonnent
leur poste devant l'ennemi. 12 seront condamnés à mort, puis graciés.
Il n'y aura plus aucun autre cas d'indiscipline à la 24e D.I.
XVIIe C.A.
DIVISION MAROCAINE (Général DEGOUTTE)
La division engage, de droite à gauche, la 1e Brigade (Légion, 4e Tirailleurs)
et la 2e Brigade (7e Tirailleurs, 8e Zouaves). La 1e brigade est arrêtée
presque aussitôt. Le 7e Tirailleurs progresse mieux; à sa gauche; le 8e
Zouaves gravit dans la foulée le MONT-SANS-NOM, dont il conquiert le sommet
à 5 h 55. La ligne atteinte en fin de journée passe à l'ouest par les
pentes nord du MONTSANS-NOM, mais à l'est décroche vers le sud dans la
région du GOLFE. " A l'heure dite et à la faveur
des dernières ombres de la nuit pluvieuse et sombre, la 6e compagnie du
8e Zouaves bondit hors des parallèles de départ. La progression est lente
et pénible sur ce terrain bouleversé, hérissé de barbelés, creusé de tranchées
et de boyaux que l'obscurité nous empêche de distinguer. Les Allemands,
surpris mais coriaces comme à l'ordinaire, nous accueillent avec des grenades
et des tirs de mitrailleuses. Le premier mamelon dépassé, nous descendons
dans une vallée que les Allemands appelaient l'Hexen-Weg, où les premières
lueurs du jour viennent faciliter notre progression. C'est bien le tableau
classique des champs de bataille: cadavres, sapes effondrées, boyaux détruits,
armements et équipements jonchant le sol bouleversé. A 7 heures, les objectifs
sont atteints après avoir enlevé la tranchée Bethmann-Holweg, plusieurs
pièces de 77 et 105 et pénétré dans les bois en direction de Moronvilliers.
Les pertes semblent relativement faibles et à l'arrière, blessés et prisonniers,
pêle-mêle, prennent le chemin des anciennes lignes " (Sergent Louis BAC,
compagnie de mitrailleuses Maxim, 8e Zouaves. Cette compagnie
utilisait les mitrailleuses et les munitions récupérées chez l'ennemi.
Elle se fournissait à chaque attaque).
33e D.I. (Général EON) La division engage à droite la 65e brigade
(9e et 207e R.I.) et à gauch,e la 66e (11e et 20e R.I.); elle progresse
facilement sur 1 800 m, puis rencontre de grosses résistances. En fin
de journée, la ligne atteinte est sensiblement à la même hauteur que les
éléments de gauche de la division Marocaine (pentes nord du MONT -SANSNOM).
Le P.C. de la division est installé dans le petit bois du Casino, à 2
km des lignes ennemies. De ce poste d'observation, le général EON a une
vue parfaite du champ du bataille. La musique du 11e R.I. a repris un
ancien refrain du régiment: " En chatouillant
le téton de ma cousine ". Dans l'ordre du jour qu'il adresse
à son régiment déjà titulaire d'une citation à l'ordre de l'armée pour
sa conduite à Haudremont le 24/10/16, le colonel de DOUGLAS déclare :
" Sur le sommet du Téton, vous sonnerez votre
refrain grivois et décrocherez votre fourragère. "
45e D.I. (Général NAULIN) La division aligne de droite à gauche
la 90e brigade (1e,2e,3e bataillons d'Afrique, 1e Tirailleurs) et la 91e
brigade (3e bis Zouaves, 3e mixte Zouaves-Tirailleurs). La progression
est difficile; en fin de journée, la division atteint les pentes sud du
MONT PERTOIS. " Trébuchant, m'empêtrant dans
les barbelés, les pieds englués par la marne épaisse, je fonçais, me couchais,
repartais vers un but approximatif, poursuivi, traqué comme un, gibier
par les 77 et 88. Les tympans bourdonnant, les yeux douloureux, je voyais
monter devant, à droite, à gauche les fusées allemandes faciles à reconnaître
puisque plus lentes à retomber que les nôtres. Des heures et des heures
durant, crevant de faim et de soif, cherchant dans les boyaux, fouillant
dans les musettes des cadavres, je ramassais de quoi manger et buvais
dans des bidons un vin âcre ou de l'eau croupie" (Agent de liaison Louis
LEPLA Y, batterie de crapouillots de 58).
VII C.A
34DI Elle a placé deux régiments en première ligne (59e, 83e)
et un en seconde ligne (88e), Grâce à la nuit et aux bourrasques, les
deux régiments de tête franchissent rapidement deux lignes de tranchées
et une zone de positions de mitrailleuses bétonnées; ils parviennent,
dès 9 h, aux abords de la crête du MONT-BLOND et du MONTCORNILLET. Dans
le reste de la journée, la division qui est trop en flèche doit se contenter
de consolider ses gains, " Le 17 avril, intégré
dans une division qui avait comme objectif le Mont-Blond, ma section composée
essentiellement de spécialistes (grenadiers, fusillers mitrailleurs, artificiers)
faisait partie de la 1er vague d'assaut qui, en quelques heures, a progressé
de près de 2 km sans rencontrer de grosse résistance sur un terrain pilonné
pendant huit jours et recouvert de bois, de fer et de débris de toutes
sortes. Ma section avait pour mission de neutraliser tous les points de
résistance capables d'entraver l'avance des 1e et 2e vagues, les nettoyeurs
de tranchées s'occupant des prisonniers, dont un grand nombre étaient
eux-mêmes prisonniers dans leurs abris confortables, dont l'entrée avait
été en partie obstruée par les bombardements " (Aspirant Robert FERAT).
16e D.I. (Général LE GALLAIS) Elle engage ses trois régiments
côte à côte (de droite à gauche: 85e, 27e, 95e), le 95e couvrant la gauche
au fur et à mesure de la progression. Les 85e et 27e rencontrent une forte
résistance; parvenu au plus près de la crête du CORNILLET, le 85e doit
recevoir le renfort d'un bataillon du 13e R.I., Régiment de la 169e D.I.,
maintenue en deuxième échelon. " Mon régiment,
le 85e R.I., attaque contre la route de Nauroy et le boyau Oder. La première
tranchée ennemie est rapidement atteinte et la lutte s'engage âpre et
terriblement meurtrière. Notre longue et intense préparation d'artillerie
n'a pas eu l'efficacité attendue; l'ennemi s'est même renforcé. Sur tout
le long glacis qui monte sans un couvert jusqu'au puissant ouvrage de
la cote 142, les mitrailleuses interdisent toute progression à découvert;
des blockhaus bétonnés du Bois de la Grille, restés intacts, elles prennent
nos vagues d'assaut en enfilade. En un instant, les pertes sont élevées;
des grappes d'hommes tombent, aussitôt remplacés par d'autres. Devant
nos grenadiers, l'ennemi se retire en combattant; il faut progresser de
tranchée en tranchée; l'avance est ralentie, tandis que le barrage roulant
continue sa progression, nous laissant sans protection et tandis qu'aussi
le feu de l'ennemi se fait plus intense. Les bataillons d'attaque sont
littéralement décimés et plaqués au sol " (Cap. PIEUCHOT, 10e compagnie
du 85e R.I.). "
" A 4 h 45, nous escaladons le parapet,
dans la minute notre tir de barrage roulant se déclenche. Les hommes s'empêtrent
dans les barbelés. Arrivés dans la 1e ligne allemande, notre progression
est stoppée et contre-attaqués nous refluons vers notre ligne de départ.
Mes hommes sont admirables de courage et d'initiative, se couchant dans
des trous d'obus aux abords des boyaux d'ou ils lancent sur l'ennemi leurs
grenades. J'ai sur la conscience la mort d'un sous-lieutenant allemand
tué par une grenade. C'était un bel homme, grand blond, devant mesurer
1,85 m, que je suppose arrivé de la veille, car il portait un uniforme
tout neuf sur lequel se détachaient des jumelles Zeiss et un parabellum
aux courroies toutes neuves. Comme moi-même, il devait avoir 20 ans, mais
il était d'une autre stature " (Aspirant Louis REVERCHON, 1e comp., le
bat., 85e R.I.). "
A l'heure H., nous attaquions en direction du Bois de la Grille, précédés
d'un tir de barrage bien faible. Enfin, nous arrivons sans trop de difficultés
à la 1e ligne allemande où il restait seulement quelques soldats sacrifiés,
qui se rendaient après avoir envoyé des fusées pour signaler notre attaque.
Mais après, il fut impossible de continuer vers le Bois de la Grille et
la 2e ligne car, à terrain découvert, nous étions reçus par de vraies
nappes de balles venant de blockhaus en ciment armé, entourés de barbelés"
(Sergent BONNIN Henri, 95e R.I.).
Au cours de cette première journée, l'avance réalisée a varié de 500
m à 2,5 km. Les objectifs ne sont pas réalisés. Des avantages certains
ont, néanmoins, été obtenus sur plusieurs points dans la région du Mont-Sans-Nom
et du Mont-Blond en particulier. L'attaque française a traversé la première
position, dépassé légèrement la position intermédiaire et atteint des
emplacements des bataillons de réserve. Les Allemands ont perdu des observatoires
importants et abandonné plus de 2000 prisonniers, plusieurs canons, des
mitrailleuses et un matériel considérable. La nuit du 17 au 18 est marquée
par trois contre-attaques allemandes infructueuses sur le Mont-Blond et
le Cornillet, ainsi que par des tirs d'artillerie.
18 AVRIL
Le mauvais temps continue, pluvieux, avec rafales de neige.
XlIe C.A.
24e D.I.
Elle doit repousser, à l'est de la Suippe, deux fortes contre-attaques.
Aucun gain de terrain. XVIIe C.A. D.M. Dans la région du GOLFE, les troupes
se heurtent à une résistance acharnée; à gauche, le 8e Zouaves enlève
les objectifs assignés (1,5 km nord du MONT-SANSNOM).
33e DI. La droite de la division progresse à la hauteur de la gauche
de la division marocaine et parvient aux pentes sud du TETON; la gauche
est freinée dans son avance.
45e D.I. Après une journée de combats difficiles, la division parvient
en fin de journée sur la crête du MONT-HAUT, dont le sommet est conquis
à 20 h 15 (en liaison à gauche avec la 34e D.I. qui tient le MONT-BLOND)
et organise le terrain conquis la veille.
Le 169e R.I. vient en renfort. L'artillerie du XVIIe C.A. couvre de ses
feux les crêtes où s'accroche l'ennemi.
VIIIe C.A.
Les divisions consolident le terrain conquis. Si le MONT-BLOND est à nous,
nos unités ne peuvent dépasser les pentes du MONT-CORNILLET. Pendant la
nuit du 18 au 19, le temps est clair et le ciel dégagé. L'usure des troupes
après les combats des 17 et 18 avril exige la reconstitution des disponibilités
absorbées par la lutte. Le général PETAIN, commandant le groupe d'armée
du centre, se rend compte de l'importance de la résistance ennemie; il
n'envisage plus que la conservation et l'extension des gains de terrain.
Cinq divisions de premier échelon, très éprouvées, doivent être relevées;
il demande et obtient la mise à sa disposition d'un corps d'armée de bonnes
troupes: le 10e C.A. (131e , 19e , 20e D.I.), ainsi que des unités territoriales.
Aussitôt, la 131e D.I. (général BRULARD) est mise à la disposition de
la IVe Armée.
19 AVRIL 1917 Le temps se met au beau.
XVIIe C.A.
D.M. Elle mène toujours de furieux combats dans la région du GOLFE.
L'ennemi évacue AUBERIVE; la Légion atteint le fortin S.O. de VAUDESINCOURT
et s'y relie aux éléments de la 24e D.I. qui ont franchi la SUIPPE. Auberive
est occupé par des patrouilles de la 185e brigade territoriale.
33e D.I. La 66e brigade (11e R.I.) enlève le TETON à 5 h 30 et se maintient
sur les pentes nord toute la journée, malgré de violentes contre-attaques;
mais elle perd le sommet du TETON pendant la nuit.
45e D.I. La division ne modifie pas sensiblement sa position de la veille.
VIIIe C.A.
Malgré de furieuses contre-attaques, le VIIIe C.A. maintient sa position
et progresse légèrement dans le secteur de la 34e D.I. Dans la nuit du
19 au 20, l'ennemi prononce plusieurs contre-attaques, précédées de violents
bombardements sur les positions de la région de Moronvilliers. Il est
partout repoussé, le Téton étant plusieurs fois pris et repris.
20 AVRIL
Le 20, les combats continuent. Les mitrailleuses ennemies infligent de
lourdes pertes, il faut avancer en détruisant abris après abris.
La 33e D.I. occupe solidement le Téton et prend pied sur le Casque. L'épuisement
de la 45e D.I. n'a pas permis d'affermir les succès sur les crêtes, ni
sur les pentes nord du Mont-Haut et du Perthois, où la situation demeure
très délicate. Avec le beau temps, l'aviation allemande redevient très
active. Le soir, l'ennemi progresse légèrement dans la région du Casque.
La division marocaine perd le Fortin de Vaudesincourt. Toute la nuit,
des combats à la grenade se prolongent au Casque, au Téton et au Grand
Boyau.
L'offensive sur l'Aisne est suspendue. Le général Pétain est nommé chef
d'état-major général auprès du ministre. Le général Fayolle quitte le
commandement de la 1e Armée pour le groupe d'armées du centre. Après quatre
jours de combat, la IVe Armée a capturé 50 officiers, 3500 soldats et
27 canons. Nos pertes sont élevées.
21 AVRIL
Le 21, la 33e D.I. replie au Casque sa ligne avancée. Le Téton résiste
à tous les efforts ennemis. A la division marocaine, l'ennemi pénètre
jusqu'à la tranchée des Dardanelles, où il est arrêté. La 34e D.I. gagne
un peu de terrain vers le Cornillet.
22 AVRIL
Le 22, après un bombardement systématique des Monts Haut et Blond, l'ennemi
prend pied sur le Mont-Haut, mais battu de flanc par les feux de la 34e
D.I., contre-attaqué de face par la 131e D.I. (qui remplace la 45e D.I.),
il reflue.
23 AVRIL
Le 23, la lutte diminue, et les troupes peuvent consolider les positions
conquises. La 19e D.I. (général TROUCHAUD) relève la 34e qui, avec 70
officiers et 1 637 hommes hors de combat, part au repos; la 20e D.I. (général
HENNOCQUE) relève la 16e D.I. qui est mise à la disposition de la IIe
Armée; la 128e D.I. (général RIBERPRA Y) arrive au XVIIe C.A. en remplacement
de la division marocaine envoyée à l'instruction; la 132e D.I. (général
HUGUENOT) est mise à la disposition du XIIe C.A. pour relever la 24e D.I.
La réserve d'Armée est alors constituée de la division marocaine et des
8e , 45e et 169e D.I. 24 AVRIL
Le 24, les combats continuent. La partie du fortin sud-ouest de
Vaudesincourt est reprise. La 33e D.I., après une courte préparation d'artillerie,
pousse jusqu'à la tranchée nord du Téton et n'y trouve que des cadavres.
Le 8e Zouaves occupe la corne sud-ouest du Bois M50, où il capture une
pièce de 150.
III. .SUITE DES OPERATIONS SUR LES MONTS DE CHAMPAGNE
Les journées des 25, 26, 27 se passent sans incidents notables. Les troupes
consolidant les positions acquises et effectuant leurs relèves. L'artillerie
continue la destruction des batteries ennemies. L'artillerie lourde courte
achève ses réglages. Le calme des Allemands inquiète le commandement de
la IVe Armée, qui redoute une attaque. La limite entre les XIIe et XVIIe
C.A. est reportée à l'ouest de la Suippe; le Xe C.A. relève le VIIIe C.A.,
qui va se placer à droite du XIIe C.A. (front de la IVe Armée: Xe, XVIIe,
XIIe, VIIIe C.A.).
28 AVRIL
Le 28 vers 4 heures, après une violente préparation d'artillerie sur les
positions à l'est de la Suippe, l'ennemi attaque entre la rivière et la
région des Abatis. Les tirs de barrage et les feux d'infanterie brisent
son élan et il ne peut atteindre les lignes françaises.
29 AVRIL
Le 29, le colonel ROBERT est tué à la tête de son 296e R.I. Au 20e R.I.,
200 hommes abandonnent leurs baraquements du camp de Châlons et se dispersent
dans le bois pour ne pas remonter à l'attaque du Téton. Il y eut 6 condamnations
à mort, graciées.
LE 30 AVRIL
Une action d'envergure est déclenchée entre le TETON et le méridien de
BEINE. L'attaque démarre à 12 h 40. XVIIe C.A. La 128e D.I., à droite,
progresse légèrement. La 33e D.I. rencontre une vive résistance à sa gauche.
Le 9e R.I. enlève ses objectifs. La 131e D.I. parvient à la crête du CASQUE
(261e brigade), où elle bute sur les tranchées de la contre-pente. La
262e brigade tient les entrées du tunnel du Mont Perthois, où sont enfermées
des réserves ennemies.
Xe C.A.
La 19e D.I. a de lourdes pertes en attaquant le MONT-BLOND et le MONT-CORNILLET.
A sa gauche, la 20e D.I. progresse un peu dans le bois de la Grille. L'attaque
du 30 avril ne donne pas les résultats escomptés. L'avance est faible,
500 m en moyenne, les pertes sont lourdes. Nous avons fait 520 prisonniers
et récupéré un important matériel, dont 5 canons.
1e MAI
Le 1e, dans l'après-midi, les Allemands attaquent les positions du 17e
C.A. sur le Casque. Nos feux d'artillerie et de mitrailleuses brisent
leurs tentatives.
2 MAI
Le 2, la garnison du tunnel du Mont-Perthois, encerclée depuis le 30 avril,
se rend à la 131e D.I. avec 225 prisonniers, dont 7 officiers et un matériel
considérable. Le 10e C.A. progresse et la 20e D.I. enlève le Bois de la
Grille en entier après une lutte à la grenade. La 33e DI., qui est engagée
depuis le 17 avril et qui a subi de lourdes pertes (3500 hommes hors de
combat), est relevée par la 8e D.I. (général ALDEBERT), dans les nuits
du 1 au 2 et 2 au 3 mai (les 9e, 11e et 20e R.I. de la 33e D.I. sont cités
à l'ordre de l'Armée).
3 MAI
Le 3, comme les jours précédents, les tirs d'artillerie continuent.
4 MAI 1917
En fin de journée, une nouvelle fois, la 19e D.I. part à l'attaque. A
17 h 25, le 70e R.I. gravit les pentes du MONT-BLOND dont il occupe le
sommet. Il est arrêté sur la contre-pente par des feux venant du MONT-HAUT.
A 18 h 10, le 48e R.I. progresse sur les pentes du MONT-CORNILLET, mais
il est rejeté sur ses positions. C'est un nouvel échec dû à la puissante
organisation du terrain au MONT-CORNILLET, où le fameux tunnel met à l'abri
des coups de l'artillerie une importante garnison qui ne sort pour occuper
ses positions de combat qu'au moment où nos troupes partent à l'assaut.
Nos pertes sont sévères: 14 officiers, 719 hommes. Nous avons fait 160
prisonniers, dont 6 officiers. Après cet effort, la 19e D.I. est relevée
et remplacée par la 48e D.I. (général JOBA). Pendant quelques jours, une
accalmie s'établit sur le front. Les troupes s'organisent et renforcent
les positions sous un bombardement réciproque.
7 MAI
Le 7, à 18 h 30, un bataillon du 115e R.I. (8e D.I., 17e C.A.) passe à
l'attaque et enlève ses objectifs, puis tombe sous les feux d'une contre-attaque.
Les pertes s'élèvent à 6 officiers et 185 hommes.
DU 13 AU 17 MAI
Le 13, l'ennemi attaque sans résultat sur le Bois de la Grille. Le 15,
il attaque sur la route Saint-Hilaire/Saint-Soupplet et à l'est d'Auberive;
pertes à la 60e D.I. : 30 tués, 100 blessés, 50 disparus. Le 16, c'est
à l'ouest d'Auberive que l'ennemi attaque. Le 17, au nord-ouest du Cornillet.
La 59e D.I. (général CLAUDEL) prend le secteur du Bois de la Grille. Le
15 mai, le général NIVELLE est remplacé par le général PETAIN à la tête
des Armées Françaises; le général FOCH est nommé chef d'état-major général
auprès du ministre.
18 MAI
Le 18, les tirs de batteries augmentent contre le Cornillet. Les Crapouillots
sont de la partie: " Ils ont hissé jusque-là
leurs 58 ou leurs 75, mêlés aux fantassins; ils partagent avec eux ce
qui subsiste des abris allemands, dont les entrées s'ouvrent face à l'ennemi,
lequel est là, tout près. Ils ne peuvent se ravitailler que la nuit. Au
clair de lune ou dans une obscurité qu'illuminent tout à coup les fusées
éclairantes, il faut descendre jusqu'à la voie romaine, puis gravir, la
bombe sur l'épaule ou les bouteillons à bout de bras, des boyaux défoncés
ou des pistes incertaines. Les Allemands connaissent mieux que personne
les vallons propices à ces cheminements. Ils les aspergent d'obus fusants
dès que leurs observateurs y repèrent un mouvement " (P. WALINE).
Dans la nuit du 19 au 20 mai, un tir d'obus spéciaux prélude à l'attaque.
Huit groupes de 75, six de 155, quatre de 220 et les crapouillots arrosent
le Cornillet dans l'espoir de rendre inutilisables les entrées et les
bouches d'aération du tunnel: " J'étais M.D.L./chef
à la 16e batterie du 6e R.A. à pied, comprenant quatre mortiers De Bange
220 sur plate-formes en bois, en batterie au pied du Cornillet, dans une
ancienne position de Minen allemand. Nos obus pesaient de 101 à 102 kg
" (M.D.L./ chef Léon ORSANI).
20 MAI
Le 20, les destructions sont activement poussées du Téton au Mont-Haut,
sur le Cornillet et sur la tranchée de Leopoldshöhe. Le bombardement est
tel que l'ennemi évacué, en partie, ses positions bouleversées et que
le nombre des déserteurs ou des fuyards devient important: "
Poursuivant nos tirs Sur le sommet du Cornillet, au milieu du fracas et
du tumulte, nous vîmes arriver deux sergents du 2e Zouaves qui nous annoncèrent
le tremblement de terre dans l'intérieur du Cornillet. Ils nous assuraient
que c'était un de nos obus qui avait éclaté dans l'intérieur du Tunnel.
La fumée opaque sortait de trois bouches: celle du sommet et deux latérales.
Le Cornillet était enveloppé d'un nuage gris très odorant. Les Allemands
s'enfuyaient de la sortie nord en demandant des secours " (M.D.L./C. ORSANI).
(D'après le service historique de l'Armée, c'est un obus de 400 tiré du
camp de Mourmelon qui serait à l'origine de l'explosion...) Le Tunnel
du Cornillet enferma jusqu'en 1973-1975 les restes des soldats allemands
du 476e I.R. Wurtembergeois, asphyxiés lors de notre attaque.
A 16 h 25, au 17e C.A., les 8e D.I. et 72e D.I. (général FERRADINI) passent
à l'attaque: le 115e R.I. est stoppé; le 317e R.I. est stoppé; le 117e
R.I. est ralenti par les tirs des mitrailleuses, mais résiste bien aux
contre-attaques; le 324e R.I. avance et résiste aux contre-attaques; le
164e R.I. atteint ses objectifs, mais subit de forts tirs de mitrailleuses;
le 365e R.I. échoue devant ses objectifs, mais résiste aux contre-attaques.
Au 10e C.A., le 1e Zouaves se saisit des issues du Cornillet et progresse;
le 9e Tirailleurs avance. Le Cornillet est pris, mais il va subir un déluge
de feu allemand. L'ennemi, conscient d'une défaite qu'il juge intolérable
et probablement définitive, va faire tirer toute son artillerie et essayer
des contre-attaques.
Le 21, la 20e D.I. échoue dans sa progression; la 48e D.I. est
arrêtée par des contre-attaques; devant Auberive, la 60e D.I. (général
PATEY) repousse deux contre-attaques.
Le 24, la 124e D.I. (général TATIN) occupe le secteur " Casque/ Téton
".
Le 25, un bataillon du 2e régiment mixte (48e D.I.) attaque et arrive
aux objectifs; par contre, trois bataillons du 9e Tirailleurs sont bloqués
au départ de l'attaque par l'artillerie ennemie. Pertes à la 124e D.I.
du 27 au 28/5 : 150 tués, 700 blessés, 200 disparus. Dans la nuit du 28
au 29, l'ennemi occupe une tranchée dans le secteur du Cornillet, lors
de la relève du 9e Tirailleurs par le 166e R.I. Pertes à la 72e D.I. du
30 au 31/5 : 140 tués, 600 blessés et 100 disparus.( voir le récit des
médecins Forestier et Lumière du 1e Zouaves, qui explorent le Tunnel du
Cornillet le 23 mai 1917.)
JUIN
10e C.A. : pertes du 15 au 31/5 : 800 tués, 3200 blessés, 650
disparus. Début juin, le général GOURAUD reprend le commandement de la
IVe Armée. Le 18/6, le 10e C.A. passe à l'attaque; les gains obtenus sont
élargis le 21/6, malgré des contre-attaques. La 134e D.I. (général BARATIER)
relève les 124e et 128e D.I.
JUILLET
Début juillet, le front de la IVe Armée se modifie (d'ouest en est)
: le 4e C.A. (8e et 124e D.I.) remplace le 10e C.A.; le 30e C.A. (72e
et 97e D.I.) remplace le 17e C.A.; le 12e C.A. (23e, 24e et 47e D.I.)
et le 8e C.A. (15e, 160 et 169e D.I.). L'ennemi fait des préparatifs importants
face au Cornillet, Mont-Haut, Casque et Téton, devant les 4e et 30e C.A.
Il vient de placer 4 divisions au lieu de 3. Le général Gouraud décide
de passer à l'attaque avant l'ennemi, et le 14/7 à 19 h 45, nous débordons
les lignes allemandes. Lors des contre-attaques des 15/7 et 16/7, seule
la 72e D.I. est rejetée sur ses positions de départ. La IVe Armée a atteint
son but: elle a prévenu l'attaque ennemie, usé ses forces, bouleversé
ses travaux. La 163e D.I. relève la 8e D.I. La 71e D.I. (général GANTER)
prend le secteur Mont-Haut/ Auberive. Pertes au 4e C.A. : 350 tués, 1
000 blessés, 150 disparus. Pertes à la 72e D.I. : 130 tués, 550 blessés,
100 disparus.
Les Allemands vont tenter des contre-attaques, appuyées par des tirs
de destruction: les 25, 26, 27/7 contre le Mont-Haut, où la 163e D.I.
(général BOl CHUT) résiste et, les 30/7 et 10/8, sur la gauche du 4e C.A.
Pertes à la 163e D.I. : 200 tués, 800 blessés., 240 disparus. L'ennemi
décide aussi des attaques à l'est d'Auberive, devant le 8e C.A. et le
12e C.A. Il utilisera souvent les gaz pour surprendre nos troupes: 18,
19, 26/7 contre la 169e D.I.; 10/8 et 22/9 contre la I5le D.I. (général
DES VALLIERES).
Nous organisons aussi de nombreux coups de main afin de ramener des prisonniers
et prévenir ses projets. Les plus importants furent ceux de la 23e D.I.
lancés de part et d'autre de la ferme de Navarin, les 14/6, 14/7, 3/8.
La 60e D.I. relève alors la 163e D.I. L'ennemi semble préparer une attaque
de forte puissance et il fait de nombreuses préparations.
Les 16, 19 et 20 août, nos tirs d'artillerie détruisent des récipients
à gaz dans la première ligne ennemie. Le 3/9, le vent étant favorable
aux Allemands, et afin de les empêcher d'attaquer vers la ferme de Navarin,
deux bataillons de la 23e D.I. passent à l'attaque et enlèvent 50 prisonniers
et un important matériel. Les documents trouvés permettent de voir que
l'attaque allemande devait s'appeler " Sommerernte" (moisson d'été) et
son but était de pénétrer les positions françaises avec des Stosstruppen
chargés de progresser vers Souain, Ferme des Wacques, Saint-Hilaire.
Du 5 au 12/9, l'artillerie de la IVe Armée, secondée par des batteries
venant de Verdun et allant vers l'Aisne, concentre ses tirs sur les stocks
de gaz et les réserves d'infanterie de l'ennemi. Nos coups de main des
7/9 (41e D.I.) à la côte 193, du 8/9 (24e D.I.) au Saillant de Vienne,
du 10/9 (41e D.I.) au nord-ouest de Tahure, du 11/9 (23e D.I.) à l'est
de Sainte-Marie-à-Py, 12/9 (24e D.I.) au nord-ouest d'Auberive, du 14/9
(23e D.I.) à l'ouest de la ferme de Navarin, permettent de constater que
l'ennemi renonce à ses projets de grande envergure et, jusqu'à la fin
1917, il se limitera à des coups de main: le 23/9 contre la 97e D.I. (général
LEJAILLE) qui a relevé la 134e D.l. (pertes: 262 hommes), le 28/9 à Tahure
contre la 47e D.I., le 11/10 vers Souain, les 26 et 27/10 à Maisons-de-Champagne
contre la 161e D.I., le 8/11 contre la 163e D.I. qui relève la 72e D.I.
Tirs d'artillerie, de mitrailleuses, coups de main seront l'activité de
part et d'autre du Front de Champagne pendant les semaines suivantes.
Bernard Berthion
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